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La « cancel culture » et le « trolling » : L’érosion de l’empathie numérique

Les espaces virtuels permettent aux jeunes de s’exprimer de diverses manières et de se connecter à l’échelle mondiale. Toutefois, outre les questions très importantes qui sont souvent abordées, telles que le cyberharcèlement et les « fake news », d’autres comportements nuisibles, à savoir la « cancel culture » et le « trolling », peuvent mettre en péril l’empathie sociale et détériorer la qualité des interactions en ligne. 

Comprendre le problème

La cancel culture ou culture de l’effacement désigne la pratique collective consistant à ne plus soutenir des individus, des marques ou des institutions lorsqu’ils sont perçus comme problématiques ou qu’ils commettent un acte jugé immoral, à la manière d’un boycott. Conçue à l’origine comme une forme de responsabilisation sociale, la cancel culture s’est transformée en une forme parfois punitive et excessive de sanction numérique. Au lieu de favoriser la réflexion et le changement, elle aboutit souvent à une humiliation publique disproportionnée et à l’ostracisation sociale des personnes dont les actes ont été mal interprétés ou exagérés.

Le trolling, quant à lui, consiste à provoquer ou à contrarier délibérément d’autres personnes en ligne par des commentaires incendiaires, offensants, hors sujet, absurdes ou abusifs. Si certains trolls agissent par ennui ou pour se divertir et ont un impact limité, d’autres cherchent à cibler des individus ou des communautés en les harcelant, menaçant ou incitant à la haine, sous la forme de moqueries ou de « blagues » pour justifier les lourdes conséquences de tels actes.

L’impact sur l’empathie numérique

Comme nous l’avons expliqué dans des articles précédents, l’empathie, c’est-à-dire la capacité à comprendre et à partager les sentiments d’autrui, est le fondement d’un dialogue respectueux et de la résolution des conflits. L’empathie sociale et numérique étend cette idée à des contextes sociétaux et modernes plus larges, en permettant aux individus de prendre en compte les expériences vécues par des personnes issues de milieux ou de perspectives différents. En théorie, Internet devrait être un catalyseur de l’empathie en connectant diverses voix à travers le monde et en permettant à l’information d’être facilement accessible, combattant ainsi l’ignorance et les préjugés. Toutefois, dans les faits, la montée de comportements néfastes tels que la cancel culture et le trolling semble avoir les effets inverses :

1. La déshumanisation et les chambres d’écho

La cancel culture et le trolling enlèvent toute humanité aux personnes concernées. Lorsqu’une personne est « annulée » ou « effacée », elle est réduite à une seule action ou déclaration, ce qui laisse peu de place à la nuance, à la rédemption ou à la défense de déclarations potentiellement mal interprétées. Cette dynamique favorise une mentalité de « nous contre eux », où ceux qui s’écartent des normes du groupe ou qui font des déclarations peu claires, trompeuses ou mal informées sont diabolisés au lieu d’être engagés dans un dialogue constructif. L’empathie est alors sacrifiée au profit de l’indignation performative.

De même, le trolling prospère là où l’empathie est réduite. Les trolls se cachent souvent derrière l’anonymat et ne considèrent pas leurs cibles comme des personnes réelles dotées de sentiments. Comme le suggère l’effet de désinhibition en ligne, l’absence de réactions sociales immédiates dans les espaces numériques peut conduire les utilisateurs à se comporter de manière plus agressive ou inappropriée qu’ils ne le feraient hors ligne (Suler, 2004).

2. La fatigue d’empathie et la désensibilisation

Le bombardement constant de scandales et de conflits peut entraîner une fatigue de l’empathie, un phénomène par lequel les utilisateurs deviennent émotionnellement insensibles à la souffrance d’autrui et où l’empathie authentique est remplacée par le cynisme ou l’apathie. Les jeunes, en particulier, peuvent commencer à considérer la condamnation morale ou la responsabilité comme un divertissement ou une routine plutôt que comme une opportunité de croissance, ce qui entraîne des « effacements » inutiles et injustes.

3. Réduire au silence les voix vulnérables

Si la cancel culture est souvent présentée comme un outil permettant d’amplifier les voix marginalisées, elle peut aussi les réduire au silence. Les personnes appartenant à des groupes sous-représentés peuvent être ciblées de manière disproportionnée ou craindre de s’exprimer sur certaines questions en raison du risque que leurs revendications soient mal interprétées ou retournées contre elles. Le trolling touche également de manière disproportionnée les femmes, les personnes LGBTQ+, les personnes en situation de handicap et les minorités ethniques, en normalisant les mentalités discriminatoires et en contribuant à un environnement numérique hostile qui décourage la participation civile et nuit aux compétences de citoyenneté numérique

Favoriser l’empathie en ligne

Pour contrer ces tendances négatives, l’éducation à la citoyenneté numérique doit donner la priorité à l’éducation aux médias, l’esprit critique et la communication empathique. Les jeunes ont besoin d’outils pour :

  • Faire la différence entre la responsabilité et la justice de masse.
  • Reconnaître quand un contenu est conçu pour provoquer l’indignation.
  • Développer des compétences pour résoudre les conflits de manière constructive.
  • Réfléchir à la manière dont leurs actions en ligne affectent émotionnellement les autres.

En outre, les plateformes ont également leur part de responsabilité : des fonctions telles que la modération des commentaires, les mécanismes de signalement et les messages encourageant une discussion respectueuse peuvent contribuer à promouvoir un discours fondé sur l’empathie. Au contraire, les algorithmes qui renforcent les contenus recevant un grand nombre de réactions négatives et les réponses automatisées qui n’évaluent pas correctement les contenus signalés peuvent éroder l’empathie numérique et favoriser l’apathie.

 

En conclusion, la cancel culture et le trolling peuvent sembler opposés – l’une est une croisade morale, l’autre un passe-temps moqueur – mais tous deux érodent la fibre empathique des communautés en ligne et peuvent avoir des conséquences profondes sur les individus qui en sont témoins, qui s’y impliquent ou qui en sont victimes.

Pour que la citoyenneté numérique se développe, les professionnels de l’éducation, les parents et les entreprises technologiques doivent travailler ensemble pour promouvoir l’empathie, la réflexion et le dialogue inclusif. Les ressources de notre projet DigiCity visent à atteindre cet objectif en fournissant du matériel attrayant et dynamique permettant aux jeunes de prendre part à des situations réalistes et d’acquérir des compétences numériques et des réflexes en ligne adéquats.

Restez attentifs et découvrez notre matériel, nos jeux et nos ressources pour aider les jeunes à devenir des citoyens numériques plus responsables, plus humains et plus empathiques !

 

Références