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Identité numérique, anonymat et authenticité masquée

L’identité numérique est constituée d’un ensemble de traces numériques. Les photos, commentaires et mentions « J’aime » que nous envoyons ou recevons construisent notre identité en ligne et façonnent notre réputation. En tant que conservateurs de musées consacrés à notre propre personne, nous décidons chaque jour quelles parties de nous-mêmes seront exposées et lesquelles nous choisirons de garder privées. Divers facteurs influencent ce processus.

Organiser son identité numérique

Les gens ont tendance à montrer des éléments qui correspondent à leur image idéale plutôt qu’à leur perception réelle d’eux-mêmes. Ils sont motivés par un désir d’approbation, mais aussi par un besoin subconscient de contrôler la façon dont les autres les perçoivent et dont ils se perçoivent eux-mêmes. L’identité en ligne est donc souvent une tentative de trouver un équilibre entre qui nous sommes et qui nous aimerions être.

Fardouly & Vartanian (2016) ont rapporté que l’utilisation fréquente des plateformes visuelles (telles qu’Instagram et Snapchat) augmente l’insatisfaction vis-à-vis de son propre corps et de sa propre vie, car l’espace numérique encourage davantage cette image idéalisée de soi.

Nous admirons nos modèles et nous nous comparons à eux. Nous entrons ainsi dans un cercle vicieux, car l’exposition répétée aux identités « améliorées » des autres conduit à une perception déformée de soi. Selon Reinecke et Trepte (2014), prétendre être quelqu’un d’autre en ligne pendant une longue période peut nous rendre plus stressés : plus l’écart entre notre moi réel et notre moi numérique est grand, plus cela nuit à notre santé mentale.

De plus, les plateformes elles-mêmes, y compris leurs normes d’utilisation, influencent également la manière dont nous divulguons des informations sur nous-mêmes. LinkedIn exige un ton professionnel, Instagram privilégie l’esthétique visuelle, tandis que Reddit et Discord favorisent souvent l’anonymat. Chaque espace façonne une version différente de notre « moi ».

Les deux facettes de l’anonymat

Les recherches menées par Zloteanu et al. (2018) suggèrent que même dans l’environnement numérique, nous sommes guidés par la logique de la réputation sociale. Sur les plateformes où l’identité est liée à un nom réel et à une note, nous construisons un « crédit numérique » : nous essayons de paraître dignes de confiance, cohérents et professionnels. À l’inverse, l’anonymat permet l’expérimentation et l’honnêteté, mais aussi les abus. Par ailleurs, Squicciarini et Griffin (2012) ont remarqué que si les amis d’un certain utilisateur partagent un type d’information, celui-ci est plus enclin à le faire également, car il perçoit cela comme une norme au sein de son cercle social.

L’anonymat est un terrain fertile pour les trolls, la désinformation et le harcèlement, sans conséquences dans la plupart des cas. C’est ce que nous appelons l’effet de désinhibition, qui supprime les barrières, affaiblit l’empathie et rend les gens moins responsables. L’anonymat peut également favoriser la polarisation et la radicalisation, car les opinions extrêmes sont plus susceptibles de susciter des réactions et sont donc promues par les réseaux sociaux, sans que leurs auteurs aient à faire face à des réactions négatives en personne (Kim, Ellithorpe & Burt, 2023).

Néanmoins, l’anonymat présente également des avantages. Une étude menée par Mathew et al. (2018) a analysé plus de cinq millions de publications sur Quora (forum de discussion virtuel) et a révélé que les questions posées de manière anonyme portaient davantage sur des sujets sensibles, personnels et intimes, tels que la dépression, la sexualité, les problèmes familiaux et l’identité. En revanche, les contributions publiées sous le vrai nom des personnes avaient tendance à être factuelles, neutres et socialement « sans risque ».

Cela montre que l’authenticité découle parfois de la protection offerte par l’anonymat. La possibilité de cacher notre nom nous donne la liberté d’exprimer des vérités difficiles sans craindre d’être jugés pour cela. Ainsi, l’anonymat peut paradoxalement devenir un outil d’honnêteté : il nous permet d’être nous-mêmes là où la franchise pourrait faire mal.

Pseudonymité : L’authenticité derrière un masque

Il existe un juste milieu entre l’anonymat complet et la transparence totale, appelé pseudonymat. Comme le suggère Van der Nagel (2015), un compte pseudonyme permet à l’utilisateur de se construire une identité stable et authentique sous le couvert d’un camouflage. Il lui permet d’expérimenter, mais aussi d’assumer ses responsabilités. Il combine la sécurité de l’anonymat, la possibilité de s’exprimer librement et la crédibilité d’une identité publique. Dans un environnement où chaque statut, commentaire ou opinion peut faire l’objet d’un jugement, le masque devient une forme d’autoprotection.

Les recherches sur l’identité numérique (Zloteanu et al., 2018 ; Mathew et al., 2018) suggèrent que la capacité à gérer consciemment son identité en ligne est une compétence numérique essentielle pour l’avenir. Il ne s’agit pas seulement de protéger la vie privée, mais aussi de comprendre comment notre présence dans l’environnement en ligne affecte les autres.

Naviguer l’identité à l’ère numérique

Vous vous demandez comment votre identité numérique façonne votre expérience en ligne et vos résultats hors ligne ? Le projet DigiCity est là pour vous guider à travers les complexités de la gestion de votre présence numérique en toute confiance et sécurité. Grâce aux ressources de DigiCity, vous apprendrez à naviguer entre les risques liés à l’anonymat et à l’utilisation de pseudonymes, ce qui vous permettra de faire des choix intelligents et éclairés et de vous protéger dans le monde numérique. Ne vous contentez pas d’être un utilisateur passif, devenez un citoyen numérique actif, confiant et responsable !

 

Bibliographie

  • Fardouly, J., & Vartanian, L. R. (2016). Social media and body image concerns: Current research and future directions. Current Opinion in Psychology, 9, 1–5. https://doi.org/10.1016/j.copsyc.2015.09.005
  • Kim, J., Ellithorpe, M. E., & Burt, K. B. (2023). Online anonymity, disinhibition, and aggression: Examining the psychological mechanisms behind online misconduct. Computers in Human Behavior, 144, 107692. https://doi.org/10.1016/j.avb.2023.101856
  • Mathew, B., Dutt, R., Goyal, P., & Mukherjee, A. (2018). Analyzing the impact of anonymity in online Q&A communities. Proceedings of the International AAAI Conference on Web and Social Media, 12(1), 360–369. https://doi.org/10.48550/arXiv.1811.07223
  • Reinecke, L., & Trepte, S. (2014). The authenticity of self-presentation on the Internet: Negative effects of being discrepant from one’s real self. Computers in Human Behavior, 30, 95–103. https://doi.org/10.1016/j.chb.2013.07.030
  • Squicciarini, A. C., & Griffin, C. (2012). An informed model of personal information release in social networking sites. arXiv preprint arXiv:1206.0981. https://arxiv.org/abs/1206.0981
  • Van der Nagel, E. (2015). Anonymity, pseudonymity, and the agency of online identity: Examining the social practices of r/Gonewild. Feminist Media Studies, 15(2), 273–288. https://doi.org/10.1080/14680777.2014.887817
  • Zloteanu, M., Harvey, N., Tuckett, D., & Livan, G. (2018). Digital identity: The effect of trust and reputation information on user judgement in the sharing economy. PLoS ONE, 13(12), e0209071. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0209071